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Bilan hormonal : femme, homme et quand le faire

Bilan hormonal femme et homme : à quoi sert-il, quelles hormones explorer (FSH, LH, œstradiol, testostérone, cortisol…), quand le faire dans le cycle et comment l'interpréter. Guide clair et sourcé.

Mis à jour le 24 juin 202611 min de lectureRédigé par l'Équipe Blood Analysis · Relu et vérifié par Julien Priour

Le bilan hormonal est une prise de sang qui explore les hormones — ces messagers chimiques qui règlent le cycle menstruel, la fertilité, la libido, le métabolisme, le stress et bien d'autres fonctions. On le demande surtout devant des troubles du cycle, une infertilité, des signes de ménopause, un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une chute de cheveux, ou, chez l'homme, une suspicion de déficit en testostérone. Ce guide explique à quoi sert le bilan hormonal, quelles hormones il contient, quand le faire (le moment du cycle compte énormément) et comment lire vos résultats.

En bref

  • Le bilan hormonal mesure des hormones du cycle féminin (FSH, LH, œstradiol, progestérone, AMH, prolactine), de l'axe masculin (testostérone) et de l'axe surrénalien (cortisol).1
  • Le moment du prélèvement est décisif : beaucoup d'hormones féminines se dosent à un jour précis du cycle (souvent en début de cycle), et le cortisol comme la testostérone se dosent le matin.2
  • Il n'y a pas un seul « bilan hormonal complet » : le médecin choisit les hormones selon la question posée (cycle, fertilité, ménopause, SOPK, andropause…).
  • Les dosages hormonaux ont des limites : à l'âge habituel de la ménopause, par exemple, le diagnostic est surtout clinique, et l'AMH ne prédit pas l'âge exact de la ménopause.34
  • Chez l'homme, un déficit en testostérone ne se retient que sur une testostérone basse le matin, confirmée par un 2ᵉ dosage, ET des symptômes.5
  • Les valeurs dépendent du sexe, de l'âge, de la phase du cycle et du laboratoire : aucune ne s'interprète seule.

Qu'est-ce que le bilan hormonal ?

Les hormones sont fabriquées par des glandes (ovaires, testicules, hypophyse, surrénales, thyroïde…) et circulent dans le sang pour agir à distance. Le bilan hormonal en mesure la concentration afin de comprendre un déséquilibre. Il ne s'agit pas d'une liste figée, mais d'un choix d'hormones adapté à la situation. Les plus courantes :

  • Chez la femme : la FSH et la LH (hormones de l'hypophyse qui pilotent l'ovaire), l'œstradiol (principal œstrogène), la progestérone (sécrétée après l'ovulation), l'AMH (hormone antimüllérienne, reflet de la réserve ovarienne) et la prolactine.
  • Chez l'homme : la testostérone (totale, parfois biodisponible), souvent avec la FSH/LH et la prolactine.
  • Transversal : le cortisol (hormone du stress, axe surrénalien), la prolactine, et la TSH thyroïdienne — c'est pourquoi le bilan thyroïdien accompagne souvent un bilan hormonal. L'axe phosphocalcique a aussi son hormone, la PTH, traitée dans le bilan phosphocalcique.

Aucune de ces hormones ne se lit isolément : c'est leur combinaison, replacée dans votre âge, votre sexe et votre cycle, qui a un sens.

Pourquoi et quand prescrire un bilan hormonal ?

Votre médecin peut le demander pour :

  • des troubles du cycle : règles irrégulières, absentes (aménorrhée) ou très espacées ;
  • un bilan de fertilité (chez la femme comme chez l'homme), avec souvent l'AMH pour estimer la réserve ovarienne ;6
  • des signes de ménopause ou de préménopause ;
  • un SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) suspecté devant des cycles irréguliers, de l'acné, une pilosité excessive (hirsutisme) ou une chute de cheveux ;7
  • une hyperandrogénie (excès d'hormones masculines) chez la femme ;
  • chez l'homme : fatigue, baisse de libido, troubles de l'érection, gynécomastie évoquant un déficit en testostérone ;
  • une suspicion d'excès ou de manque de cortisol, ou une hyperprolactinémie (prolactine élevée).8

Comment se déroule l'examen ? (le timing est essentiel)

Le bilan se fait sur une prise de sang veineuse. Deux règles le rendent fiable :

  • Le moment dans le cycle (femme). Chez la femme réglée, FSH, LH et œstradiol se dosent classiquement en début de cycle (souvent entre le 2ᵉ et le 4ᵉ jour des règles), tandis que la progestérone se dose en 2ᵉ partie de cycle (vers le 21ᵉ–23ᵉ jour) pour vérifier qu'il y a eu ovulation. L'AMH et la prolactine, elles, ne dépendent pas du jour du cycle.2
  • Le moment de la journée. Le cortisol suit un rythme : il est élevé le matin et bas le soir, on le dose donc vers 8 h.9 La testostérone est aussi plus élevée le matin : elle se dose le matin, à jeun.5

Faut-il être à jeun ? Pour la plupart des hormones, le jeûne n'est pas indispensable, sauf consigne particulière (testostérone le matin à jeun). Suivez votre ordonnance (voir Faut-il être à jeun pour une prise de sang ?).

Bilan hormonal sous pilule ? La pilule (et certains traitements hormonaux) modifie les taux d'hormones et l'interprétation : selon la question, le médecin peut demander de doser à distance de la contraception ou en tenir compte. Ne l'arrêtez jamais de vous-même.

Sur ou sans ordonnance ? Les dosages hormonaux prescrits par un médecin dans une indication reconnue sont pris en charge par l'Assurance Maladie ; réalisés sans ordonnance (à votre demande), ils restent possibles mais à votre charge, et leur interprétation isolée est délicate.1

Valeurs normales du bilan hormonal

Les valeurs ci-dessous sont indicatives. Plus que pour tout autre bilan, elles dépendent du sexe, de l'âge, de la phase du cycle et de la technique du laboratoire : fiez-vous impérativement à l'intervalle imprimé sur votre compte rendu.

HormoneRepère indicatifUnité
FSH (femme, début de cycle)~ 3 – 12 (très élevée à la ménopause)UI/L
LH (femme, début de cycle)~ 2 – 12 (pic à l'ovulation)UI/L
Œstradiol (femme, début de cycle)~ 20 – 150 (effondré à la ménopause)pg/mL
Progestérone (femme, 21ᵉ jour)> 10 en faveur d'une ovulationng/mL
AMH (réserve ovarienne)~ 1 – 4 (baisse avec l'âge)ng/mL
Prolactine< 20 (femme) · < 15 (homme)ng/mL
Testostérone totale (homme)~ 3 – 10 (≈ 10 – 35 nmol/L)µg/L
Cortisol (8 h du matin)~ 6 – 23 (≈ 170 – 500 nmol/L)µg/dL

À savoir : les unités varient (UI/L, pg/mL, ng/mL, µg/L, nmol/L…) et un même résultat peut s'exprimer différemment d'un labo à l'autre. Les seuils féminins n'ont de sens qu'avec le jour du cycle correspondant. Ce tableau ne remplace pas l'interprétation de votre médecin.

Interpréter vos résultats

Bilan hormonal chez la femme

L'interprétation suit la question posée. Un schéma simple, dit HyPO-P, classe les troubles de l'ovulation selon leur origine : hypothalamus, hypophyse, ovaire, plus le SOPK.2

  • Troubles du cycle / aménorrhée : on dose FSH, LH, œstradiol, prolactine et TSH pour situer le niveau du problème. Une aménorrhée liée au stress, à une perte de poids ou à un sport intense (aménorrhée hypothalamique) est un diagnostic d'élimination.10
  • SOPK : il associe des cycles irréguliers, des signes d'excès d'androgènes (acné, hirsutisme, parfois chute de cheveux) et/ou un aspect échographique évocateur ; l'AMH est souvent élevée et aide au diagnostic chez l'adulte.7
  • Fertilité / réserve ovarienne : l'AMH reflète le stock de follicules et la réponse à une stimulation, mais ne prédit pas à elle seule la capacité à concevoir naturellement — un point important pour ne pas sur-interpréter un chiffre.6 La progestérone en milieu de phase lutéale confirme, elle, qu'une ovulation a eu lieu.
  • Ménopause / préménopause : une FSH élevée et un œstradiol bas vont dans ce sens, mais à l'âge habituel le diagnostic est avant tout clinique (12 mois sans règles) ; les dosages ont une valeur limitée.34

Bilan hormonal chez l'homme

La question principale est le déficit en testostérone (hypogonadisme). Règle d'or : on ne retient le diagnostic que devant des symptômes évocateurs (fatigue, baisse de libido, troubles de l'érection) ET une testostérone totale basse, prélevée le matin et confirmée par un second dosage.5 Le dosage de la FSH/LH aide à savoir si l'origine est testiculaire ou hypophysaire, et la prolactine recherche une cause hypophysaire. Un déficit confirmé et symptomatique peut justifier un traitement, discuté au cas par cas (voir Avancées récentes). Pour aller plus loin : Testostérone : taux normal, manque et comment l'augmenter.

Cortisol et prolactine

Le cortisol explore l'axe du stress (glandes surrénales) : un excès (syndrome de Cushing) ou un manque (insuffisance surrénale) se recherchent par des tests spécifiques exploitant son rythme circadien (dosage du matin, parfois tests dynamiques).9 Détails dans l'article dédié : Cortisol élevé ou bas : taux, symptômes et comment le baisser. La prolactine élevée (hyperprolactinémie) peut expliquer une absence de règles, un écoulement mammaire ou une baisse de libido ; il faut écarter les causes physiologiques et médicamenteuses avant d'évoquer un adénome de l'hypophyse.8

Facteurs d'influence

De nombreux éléments modifient un bilan hormonal : le moment du cycle et de la journée, une grossesse, l'allaitement, la contraception ou un traitement hormonal, le stress et le sport intense, certains médicaments, et l'âge. Signalez toujours votre situation et vos traitements au médecin et au laboratoire — ils changent l'interprétation.

Avancées récentes de la recherche

D'après des publications récentes indexées sur PubMed :

  • SOPK : un cadre diagnostique actualisé. La recommandation internationale 2023 sur le SOPK confirme les critères de Rotterdam et reconnaît la place de l'AMH pour définir l'aspect « ovaires polykystiques » chez l'adulte.7
  • AMH : utile mais à ne pas sur-interpréter. Les synthèses récentes rappellent que l'AMH mesure la réserve ovarienne mais ne prédit pas l'âge précis de la ménopause ni, à elle seule, les chances de grossesse.64
  • Testostérone : des données de sécurité rassurantes. L'essai randomisé TRAVERSE (plus de 5 000 hommes hypogonadiques à risque cardiovasculaire) a montré que le traitement par testostérone n'augmentait pas significativement les accidents cardiaques majeurs par rapport au placebo — avec quelques signaux à surveiller (fibrillation auriculaire, embolie pulmonaire).11

Recherche en cours (ClinicalTrials.gov). Au-delà des publications, des essais explorent l'usage de ces marqueurs : c'est le cas de l'essai TRAVERSE sur la sécurité de la testostérone (NCT03518034)12, et d'études en cours cherchant de nouveaux biomarqueurs du SOPK pour compléter le bilan hormonal actuel (par ex. l'étude PHOEBE, NCT06642831)13. Ces travaux illustrent des pistes de recherche ; ils ne changent pas, à ce jour, la pratique courante.

Ces résultats concernent le diagnostic et la prise en charge ; ils n'autorisent aucune automédication et ne remplacent pas l'avis de votre médecin.

Faites interpréter votre bilan hormonal par AI DiagMe

Une hormone ne se lit jamais seule : son sens dépend du sexe, de l'âge, du jour du cycle, des autres hormones, de la TSH, de vos traitements et de vos symptômes. C'est ce croisement qui donne sa vraie valeur au résultat.

👉 AI DiagMe interprète vos analyses — sanguines, urinaires ou de selles — en tenant compte de tout votre contexte, dans un langage clair. Un service informatif qui ne pose pas de diagnostic et complète, sans le remplacer, l'avis de votre médecin.

Questions fréquentes

Quand faire un bilan hormonal chez la femme ?
Le plus souvent en début de cycle (entre le 2ᵉ et le 4ᵉ jour des règles) pour la FSH, la LH et l'œstradiol, et en 2ᵉ partie de cycle (vers le 21ᵉ jour) pour la progestérone, afin de vérifier l'ovulation. L'AMH et la prolactine se dosent à n'importe quel moment. Votre médecin précisera le jour selon la question posée.
Comment demander / faire un bilan hormonal ?
Le plus simple est d'en parler à votre médecin (généraliste, gynécologue ou endocrinologue), qui choisira les hormones utiles à votre situation et le bon moment du prélèvement. Prescrit dans une indication reconnue, il est pris en charge ; demandé sans ordonnance, il reste à votre charge.
Pourquoi faire un bilan hormonal ?
Pour explorer des troubles du cycle, une infertilité, des signes de ménopause, un SOPK, une hyperandrogénie (acné, pilosité, chute de cheveux) ou, chez l'homme, un déficit en testostérone. C'est un examen ciblé, choisi selon les symptômes.
Peut-on faire un bilan hormonal sous pilule ?
La pilule modifie les taux hormonaux et leur interprétation. Selon la question, le médecin peut le doser en en tenant compte ou demander un prélèvement à distance de la contraception. N'arrêtez jamais votre pilule de vous-même pour faire un bilan.
Quel bilan hormonal pour une chute de cheveux ?
Une chute de cheveux peut faire rechercher une hyperandrogénie ou un SOPK (testostérone et autres androgènes), un trouble thyroïdien (TSH) ou une carence en fer (ferritine). Le choix des dosages dépend du contexte : c'est au médecin de l'orienter.
Faut-il être à jeun pour un bilan hormonal ?
Pour la plupart des hormones, non. Deux exceptions à retenir : la testostérone (le matin, à jeun) et le cortisol (le matin, pour respecter son rythme). Suivez la consigne de votre ordonnance.

À retenir

Le bilan hormonal n'est pas une liste figée : c'est un choix d'hormones adapté à la question (cycle, fertilité, ménopause, SOPK chez la femme ; déficit en testostérone chez l'homme ; cortisol et prolactine en transversal). Retenez que le moment du prélèvement — jour du cycle, heure de la journée — est déterminant, que les valeurs dépendent fortement du sexe, de l'âge et du labo, et que ces dosages ont des limites (le diagnostic de ménopause reste surtout clinique). Aucune hormone ne se lit seule : c'est l'ensemble de vos marqueurs et de votre profil qui compte — exactement ce que permet AI DiagMe, en complément de votre médecin.

Sources

Sources officielles et publications scientifiques (PubMed, ClinicalTrials.gov) utilisées pour ce guide :

Footnotes

  1. Assurance Maladie (Ameli) — Analyses hormonales : ménopause, SOPK, troubles des règles, infertilité et conditions de prise en charge. ameli.fr 2

  2. Munro MG, Balen AH, et al. The FIGO ovulatory disorders classification system. Int J Gynaecol Obstet, 2022. PubMed · DOI 2 3

  3. Mishra GD, Davies MC, et al. Optimising health after early menopause. Lancet, 2024. PubMed · DOI 2

  4. Nelson SM, Davis SR, et al. Anti-Müllerian hormone for the diagnosis and prediction of menopause: a systematic review. Hum Reprod Update, 2023. PubMed · DOI 2 3

  5. Bhasin S, Brito JP, et al. Testosterone Therapy in Men With Hypogonadism: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2018. PubMed · DOI 2 3

  6. Cedars MI. Evaluation of Female Fertility — AMH and Ovarian Reserve Testing. J Clin Endocrinol Metab, 2022. PubMed · DOI 2 3

  7. Teede HJ, Tay CT, et al. Recommendations From the 2023 International Evidence-based Guideline for the Assessment and Management of Polycystic Ovary Syndrome. J Clin Endocrinol Metab, 2023. PubMed · DOI 2 3

  8. Petersenn S, Fleseriu M, et al. Diagnosis and management of prolactin-secreting pituitary adenomas: a Pituitary Society international Consensus Statement. Nat Rev Endocrinol, 2023. PubMed · DOI 2

  9. Nieman LK, Biller BMK, et al. The diagnosis of Cushing's syndrome: an Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2008. PubMed · DOI 2

  10. Gordon CM, Ackerman KE, et al. Functional Hypothalamic Amenorrhea: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2017. PubMed · DOI

  11. Lincoff AM, Bhasin S, et al. Cardiovascular Safety of Testosterone-Replacement Therapy (TRAVERSE). N Engl J Med, 2023. PubMed · DOI

  12. ClinicalTrials.gov — Effect of Testosterone Replacement Therapy on the Incidence of Major Adverse Cardiovascular Events (TRAVERSE). Identifiant NCT03518034. clinicaltrials.gov

  13. ClinicalTrials.gov — Polycystic Ovarian Syndrome (PCOS) Biomarker Evaluation Study. Identifiant NCT06642831. clinicaltrials.gov

Avertissement médical. Cette fiche est fournie à titre informatif et éducatif ; elle ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires et les techniques : seul votre médecin peut interpréter vos résultats dans votre contexte.