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Groupe sanguin : ABO, Rhésus, le plus rare et groupage

Groupe sanguin : les systèmes ABO (A, B, AB, O) et Rhésus (+/−), les 8 groupes et leurs fréquences en France, le groupage et le groupe le plus rare. Guide sourcé.

Mis à jour le 26 juillet 202612 min de lectureRédigé par l'Équipe Blood Analysis · Relu et vérifié par Julien Priour

Votre groupe sanguin est une véritable carte d'identité de vos globules rouges. Il ne se « lit » pas comme un taux haut ou bas : c'est une caractéristique catégorielle, déterminée par des molécules (les antigènes) présentes à la surface des globules rouges. Deux systèmes dominent la pratique quotidienne : le système ABO (groupes A, B, AB, O) et le système Rhésus (positif ou négatif). Combinés, ils définissent les 8 groupes sanguins et décident qui peut recevoir le sang de qui — ce qui les rend essentiels pour la transfusion, le don du sang et la grossesse. Ce guide explique ce qu'est un groupe sanguin, les systèmes ABO et Rhésus, les 8 groupes et leurs fréquences en France, le groupage, les groupes rares, et sert de point de départ vers les fiches détaillées (compatibilité, hérédité, Rhésus, grossesse, don, transfusion).

En bref

  • Un groupe sanguin dépend des antigènes portés par les globules rouges ; les deux systèmes principaux sont ABO et Rhésus.12
  • ABO : 4 groupes — A, B, AB, O — selon la présence des antigènes A et/ou B ; le plasma contient aussi des anticorps naturels contre les antigènes absents.1
  • Rhésus : on est Rh positif (Rh+) ou Rh négatif (Rh−) selon la présence de l'antigène D ; en France, environ 85 % de la population est Rh+.23
  • En combinant ABO et Rhésus, on obtient 8 groupes : O+, O−, A+, A−, B+, B−, AB+, AB−. En France, A+ et O+ sont les plus fréquents ; AB− est le plus rare (~1 %).3
  • Le groupe sert surtout à la compatibilité transfusionnelle, au don du sang et au suivi de la grossesse ; il s'hérite, ne se « corrige » pas et ne change pas au cours de la vie.34
  • Le groupage se fait sur une prise de sang, vérifié dans les deux sens (épreuve globulaire et plasmatique) ; en France, il exige deux déterminations sur deux prélèvements pour être validé.5
  • Au-delà d'ABO et Rhésus, il existe plus de 40 systèmes de groupes sanguins et des groupes très rares (Bombay, Gwada négatif…).64

Qu'est-ce qu'un groupe sanguin ?

À la surface de chaque globule rouge se trouvent des molécules appelées antigènes. Selon les antigènes que vous portez — hérités de vos parents —, votre sang appartient à un groupe. Ces antigènes sont importants parce que le système immunitaire fabrique des anticorps contre ceux qu'il ne possède pas : ce sont précisément ces anticorps qui rendent certains sangs incompatibles entre eux lors d'une transfusion.1

On connaît aujourd'hui plus de 40 systèmes de groupes sanguins reconnus et des centaines d'antigènes de globules rouges catalogués, mais deux systèmes dominent la pratique clinique : ABO et Rhésus.4 Votre groupe complet s'écrit en combinant les deux — par exemple O+, A−, AB+. C'est cette combinaison que l'on retrouve sur la carte de groupe sanguin.

Le système ABO (A, B, AB, O)

C'est le premier système découvert, au tout début du XXᵉ siècle, et le plus important pour la transfusion.1 Il repose sur deux antigènes, A et B :

  • Groupe A : antigène A sur les globules rouges, anticorps anti-B dans le plasma ;
  • Groupe B : antigène B, anticorps anti-A ;
  • Groupe AB : antigènes A et B, aucun anticorps anti-A/anti-B (d'où « receveur universel » pour les globules rouges) ;
  • Groupe O : aucun antigène A ni B, mais anticorps anti-A et anti-B (d'où « donneur universel » de globules rouges — voir donneur universel).

La particularité de l'ABO est que ces anticorps sont naturels : ils existent sans transfusion préalable, ce qui rend une erreur ABO immédiatement dangereuse. Sous le capot, les antigènes A et B sont des chaînes de sucres greffées sur un précurseur commun, l'antigène H — le groupe O porte encore l'antigène H, simplement sans sucre A ou B ajouté par-dessus. Le fait de fabriquer l'enzyme A ou B est fixé par le gène ABO (chromosome 9), et il existe quelques sous-groupes plus faibles (par exemple A2), ce qui est l'une des raisons pour lesquelles le groupage est toujours contre-vérifié.4 Le détail des règles de compatibilité figure dans l'article compatibilité des groupes sanguins.

Le système Rhésus (+ / −)

Le second système clé est le Rhésus, défini en pratique courante par un seul antigène, l'antigène D :2

  • si vous portez l'antigène D, vous êtes Rhésus positif (Rh+) ;
  • si vous ne le portez pas, vous êtes Rhésus négatif (Rh−).

En France, environ 85 % de la population est Rh+ et 15 % Rh−.3 Contrairement à l'ABO, il n'y a pas d'anticorps anti-D naturels : ils n'apparaissent qu'après un contact avec du sang Rh+ (transfusion incompatible ou grossesse). C'est tout l'enjeu de la grossesse chez une femme Rh− et du facteur Rhésus, détaillé dans ses fiches dédiées.

Les 8 groupes sanguins et leur fréquence en France

En combinant ABO et Rhésus, on obtient les 8 groupes que porte toute carte de groupe. Le tableau ci-dessous indique les antigènes de chaque groupe, les anticorps de son plasma, sa fréquence approximative en France et, en grandes lignes, à qui il peut donner ses globules rouges et de qui il peut en recevoir.314

GroupeAntigènes (globules rouges)Anticorps (plasma)Fréquence FranceDonne des globules rouges àReçoit des globules rouges de
O−aucunanti-A, anti-B~6 %tout le monde (donneur universel)O− uniquement
O+Rh (D)anti-A, anti-B~36 %tous les groupes Rh+O+, O−
A−Aanti-B~7 %A−, A+, AB−, AB+A−, O−
A+A, Rh (D)anti-B~38 %A+, AB+A+, A−, O+, O−
B−Banti-A~1 %B−, B+, AB−, AB+B−, O−
B+B, Rh (D)anti-A~8 %B+, AB+B+, B−, O+, O−
AB−A, Baucun~1 %AB−, AB+tous les groupes Rh−
AB+A, B, Rh (D)aucun~3 %AB+tout le monde (receveur universel)

Deux logiques ressortent du tableau. Le O− ne porte aucun antigène ABO ni Rhésus : ses globules rouges ne provoquent pas de réaction, c'est le donneur universel de globules rouges. Le AB+ porte tous les antigènes et ne fabrique aucun anticorps anti-A/anti-B : il peut recevoir de n'importe qui, c'est le receveur universel. (Pour le plasma, la logique s'inverse : le AB est donneur universel de plasma.) Regroupés par système, on compte en France environ 45 % de groupe A, 42 % de O, 9 % de B et 4 % de AB.3 Toutes les règles — y compris pourquoi le plasma et les plaquettes suivent leur propre logique — sont détaillées dans compatibilité des groupes sanguins.

À quoi sert de connaître son groupe ?

Connaître son groupe n'est pas une simple curiosité : cela conditionne de vraies décisions médicales.

  • Transfusion : transfuser des globules rouges ABO-incompatibles peut provoquer une réaction grave, parfois mortelle, car les anticorps anti-A/anti-B naturels attaquent aussitôt les cellules du donneur ; le respect des groupes est vital pour une transfusion sûre.7
  • Don du sang : la compatibilité oriente l'utilisation des dons — le O− pour les urgences, le plasma AB comme option universelle — d'où l'importance de connaître son groupe quand on veut faire un don du sang (compatibilité).
  • Grossesse : repérer une mère Rh− permet de prévenir la maladie hémolytique du nouveau-né, largement évitable grâce aux immunoglobulines anti-D (grossesse).8
  • Hérédité : le groupe suit des règles génétiques prévisibles, ce qui explique pourquoi les groupes des parents contraignent celui de l'enfant (hérédité du groupe sanguin).4
  • Greffe, situations d'urgence et simple information personnelle (carte de groupe).

Le groupage : comment connaît-on son groupe ?

Le groupage sanguin se fait au laboratoire sur une prise de sang ordinaire — sans être à jeun, sans préparation particulière. Pour fiabiliser le résultat, il est vérifié dans les deux sens, qui doivent concorder :5

  • épreuve globulaire (Beth-Vincent) : vos globules rouges sont mis en présence de réactifs anti-A, anti-B et anti-D. S'ils s'agglutinent avec l'anti-A, vous portez l'antigène A ; avec l'anti-B, l'antigène B ; avec l'anti-D, vous êtes Rh+ ;
  • épreuve plasmatique (Simonin) : votre plasma est mis en présence d'hématies-tests A et B connues. Comme votre plasma contient les anticorps dirigés contre les antigènes qui vous manquent, les réactions doivent refléter l'épreuve globulaire. Un sujet O, par exemple, agglutine les deux.

L'agglutination — des anticorps qui « pontent » les globules rouges en amas visibles — est une réaction en tout ou rien, ce qui explique pourquoi le groupe est catégoriel et non un chiffre sur une échelle. Parce que les deux épreuves se contrôlent mutuellement, une discordance signale un problème (anticorps, sous-groupe, erreur d'étiquetage) avant toute délivrance de sang. Pour établir une carte de groupe sanguin valable, la réglementation française impose deux déterminations réalisées sur deux prélèvements différents.5

Quand une transfusion est envisagée, le laboratoire ajoute une recherche d'agglutinines irrégulières (RAI) : un dépistage des anticorps dirigés contre les nombreux antigènes de globules rouges au-delà de l'ABO (systèmes Kell, Duffy, Kidd…), qui peuvent apparaître après des transfusions ou des grossesses antérieures (recherche d'agglutinines irrégulières). Si des anticorps sont détectés, trouver des unités compatibles devient plus difficile — et c'est là que le génotypage (analyse de l'ADN) aide de plus en plus, en typant finement les antigènes pour les patients très immunisés.9

À savoir : votre groupe sanguin est fixé génétiquement et ne change pas au cours de la vie (sauf situation exceptionnelle comme une greffe de moelle osseuse). Un résultat « différent » d'une fois à l'autre traduit presque toujours une erreur d'étiquetage ou de saisie, pas un vrai changement — d'où la double détermination.

Quel est le groupe sanguin le plus rare ?

La rareté dépend de la population. En France, parmi les groupes courants, AB− est le plus rare (environ 1 %).3 Mais « rare » a un second sens, bien plus fort : un sang rare est un sang dépourvu d'un antigène de forte prévalence, présent chez presque tout le monde. Ces phénotypes sont suivis par des banques de sang rare :

  • le groupe Bombay (phénotype « h/h »), qui ne possède aucun antigène A, B ni H : extrêmement rare, il ne peut être transfusé qu'avec du sang Bombay, d'où un enjeu vital de dépistage ;10
  • des phénotypes « publics négatifs » (absence d'un antigène présent chez presque toute la population), pour lesquels seul un donneur au même profil convient.

C'est pour ces situations qu'existent des registres nationaux et internationaux de donneurs de sang rare.

Avancées récentes de la recherche

D'après des publications récentes (PubMed) et les acteurs de la transfusion :

  • On découvre encore de nouveaux systèmes. En 2024, l'analyse génétique a permis de définir le système MAL (antigène AnWj), résolvant une énigme vieille de 50 ans — preuve que la cartographie des groupes sanguins n'est pas terminée.6
  • Un 48ᵉ système décrit en France. L'Établissement français du sang a décrit en 2024 un nouveau système, baptisé « Gwada négatif », à partir d'une patiente originaire de Guadeloupe — un groupe jusque-là inconnu.3
  • Le génotypage transforme la pratique. L'analyse de l'ADN permet désormais de typer finement les groupes, d'identifier des donneurs compatibles pour les patients très immunisés et d'orienter la prévention en grossesse.9

Ces résultats concernent la recherche et la transfusion ; ils n'ont aucune implication d'automédication.

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Votre carte de groupe sanguin et vos analyses se comprennent mieux dans leur ensemble : groupe, Rhésus, recherche d'agglutinines irrégulières, contexte (grossesse, transfusion). C'est ce croisement qui donne tout leur sens à vos résultats.

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Questions fréquentes

C'est quoi un groupe sanguin ?
C'est une caractéristique des globules rouges, définie par les antigènes qu'ils portent. Les deux systèmes principaux sont ABO (A, B, AB, O) et Rhésus (+/−). On l'hérite de ses parents et il ne change pas.
Quels sont les 8 groupes sanguins ?
Pour l'ABO : A, B, AB, O. Combinés au Rhésus (+ ou −), cela donne 8 groupes : O+, O−, A+, A−, B+, B−, AB+, AB−.
Quel est le groupe sanguin le plus rare ?
Parmi les groupes courants en France, AB− est le plus rare (~1 %). Mais les groupes vraiment rares relèvent d'autres systèmes (par ex. le groupe Bombay), suivis par les banques de sang rare.
Quel est le groupe le plus fréquent en France ?
Le A+ (~38 %) et le O+ (~36 %) sont les plus répandus. Regroupés par système : environ 45 % de A, 42 % de O, 9 % de B et 4 % de AB.
Le groupe sanguin peut-il changer ?
Non. Il est fixé génétiquement pour la vie. Un résultat différent traduit presque toujours une erreur de prélèvement ou d'étiquetage — sauf cas très particulier comme une greffe de moelle osseuse.
Comment connaître son groupe sanguin ?
Par une prise de sang (groupage), vérifiée dans les deux sens. En France, il faut deux déterminations sur deux prélèvements pour obtenir une carte de groupe valable. Le don du sang permet aussi de le connaître.
Deux parents de groupe O peuvent-ils avoir un enfant de groupe A ?
Non. Deux parents O ne peuvent avoir que des enfants O. Le groupe s'hérite selon des règles précises, détaillées dans hérédité du groupe sanguin.
Quel est le groupe « donneur universel » ?
Pour les globules rouges, c'est le O négatif. Pour le plasma, c'est l'inverse (AB). Voir donneur universel et compatibilité des groupes sanguins.

À retenir

Le groupe sanguin est la carte d'identité de vos globules rouges, définie surtout par les systèmes ABO (A, B, AB, O) et Rhésus (+/−). Combinés, ils forment les 8 groupes — avec A+ et O+ les plus fréquents en France et AB− le plus rare. Le groupe s'hérite, ne change pas, et sert avant tout à la compatibilité transfusionnelle, au don et au suivi de la grossesse. Le groupage se vérifie dans les deux sens et exige deux déterminations en France. Au-delà d'ABO/Rhésus, plus de 40 systèmes existent et des groupes très rares (Bombay, Gwada négatif) sont suivis par des banques de sang rare. Pour aller plus loin, explorez les fiches compatibilité, Rhésus, hérédité, grossesse, donneur universel, transfusion et don du sang — et faites interpréter vos analyses dans leur ensemble avec AI DiagMe.

Sources

Sources officielles et publications scientifiques (PubMed) utilisées pour ce guide :

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Footnotes

  1. Storry JR, Olsson ML. The ABO blood group system revisited: a review and update. Immunohematology, 2009. PubMed 2 3 4 5

  2. Ramsey G. The Rh blood group system: RHD update. Immunohematology, 2025. PubMed · DOI 2 3

  3. Établissement français du sang (EFS) — Les groupes sanguins, le facteur Rhésus, les fréquences en France et le don du sang ; description du nouveau système « Gwada négatif » (2024). efs.sante.fr 2 3 4 5 6 7 8

  4. Dean L. Blood Groups and Red Cell Antigens. NCBI Bookshelf (NLM/NIH), 2005. Bookshelf ID NBK2261. ncbi.nlm.nih.gov 2 3 4 5 6

  5. Haute Autorité de Santé (HAS) — Groupage sanguin (ABO-RH1, phénotype RH-KEL1) : deux déterminations et règles de réalisation. has-sante.fr 2 3

  6. Tilley LA, Karamatic Crew V, Mankelow TJ, et al. Deletions in the MAL gene result in loss of Mal protein, defining the rare inherited AnWj-negative blood group phenotype. Blood, 2024. PubMed · DOI 2

  7. Goel R, Tobian AAR, Shaz BH. Noninfectious transfusion-associated adverse events and their mitigation strategies. Blood, 2019. PubMed · DOI

  8. Pegoraro V, Urbinati D, Visser GHA, et al. Hemolytic disease of the fetus and newborn due to Rh(D) incompatibility: A preventable disease that still produces significant morbidity and mortality. PLoS One, 2020. PubMed · DOI

  9. Westhoff CM. Blood group genotyping. Blood, 2019. PubMed · DOI 2

  10. Dipta TF, Hossain AZ. The Bombay blood group: are we out of risk? Mymensingh Med J, 2011. PubMed

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Avertissement médical. Cette fiche est fournie à titre informatif et éducatif ; elle ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires et les techniques : seul votre médecin peut interpréter vos résultats dans votre contexte.