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Tubes de prise de sang : à quoi servent les couleurs ?

Le code couleur des tubes de prise de sang (violet, bleu, rouge, gris…) : à quoi sert chaque additif, quel tube pour quelle analyse et l'ordre de prélèvement.

Mis à jour le 26 juillet 202610 min de lectureRédigé par l'Équipe Blood Analysis · Relu et vérifié par Julien Priour

Lors d'une prise de sang, le préleveur remplit souvent plusieurs tubes de couleurs différentes : violet, bleu, rouge, gris… Ce n'est ni décoratif, ni la « marque » du laboratoire : chaque couleur de bouchon correspond à un additif précis (le plus souvent un anticoagulant), choisi selon les analyses demandées. Remplir le bon tube, dans le bon ordre et jusqu'au bon niveau, garantit la fiabilité des résultats. Ce guide explique le code couleur des tubes, à quoi sert chaque additif, quel tube pour quelle analyse, pourquoi l'ordre de prélèvement compte, combien de tubes attendre pour un bilan courant, et l'importance d'un bon remplissage.

En bref

  • Chaque couleur de tube = un additif différent (anticoagulant, activateur de coagulation, conservateur, ou rien).
  • Violet (EDTA) → numération (NFS) ; bleu (citrate) → coagulation (TP/INR, TCA).
  • Rouge/jaune (tube sec) → sérum : biochimie, sérologies, hormones ; gris (fluorure)glycémie et lactate.
  • Plusieurs tubes sont parfois nécessaires car les additifs sont incompatibles d'une analyse à l'autre.1
  • Un ordre de prélèvement précis évite la contamination croisée d'un tube par l'additif du précédent.23
  • Un tube mal rempli ou mal mélangé peut être rejeté : il faut alors recommencer.4

Pourquoi des tubes de couleurs différentes ?

Le sang n'est pas un liquide unique que l'on pourrait verser dans n'importe quel flacon. Selon l'analyse, l'échantillon doit être conservé dans un état précis :14

  • certaines analyses se font sur du sang qui ne coagule pas : le tube contient un anticoagulant (EDTA, citrate, héparine), chacun adapté à un type d'examen. Une NFS, par exemple, compte les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes intacts : il faut donc empêcher le sang de coaguler et préserver les cellules ;
  • d'autres se font sur le sérum, c'est-à-dire le liquide clair obtenu après coagulation puis centrifugation : on utilise un tube sec (souvent avec un gel qui sépare le sérum des cellules) ;
  • d'autres encore se font sur le plasma, proche du sérum mais obtenu sans coagulation, grâce à un anticoagulant. La distinction est détaillée dans notre guide sur le plasma sanguin.

Point essentiel : les anticoagulants ne sont pas interchangeables. Celui qui est parfait pour une NFS fausserait un bilan de coagulation, et inversement. Chaque usage a donc son additif — et, pour l'identifier d'un coup d'œil, sa couleur de bouchon. Ces couleurs suivent une norme internationale (ISO 6710), mais la teinte exacte et quelques correspondances peuvent varier selon le fabricant.4

À quoi sert chaque additif ?

Comprendre la chimie rend le code couleur limpide :51

  • EDTA (tube violet) : un puissant chélateur du calcium — il capte le calcium indispensable à la coagulation, si bien que le sang reste liquide et que les cellules gardent leur forme, idéal pour les compter (NFS). Son inconvénient est le risque de contamination croisée décrit plus bas.5
  • Citrate de sodium (tube bleu) : il bloque aussi la coagulation, mais de façon réversible et dans un rapport exact (classiquement 9 volumes de sang pour 1 de citrate). Cette réversibilité permet au laboratoire de relancer la coagulation dans des conditions contrôlées pour l'explorer (TP, TCA) — d'où l'importance d'un remplissage précis.4
  • Activateur de coagulation ± gel (tube sec, rouge ou jaune) : objectif inverse — il accélère la coagulation pour obtenir le sérum. Le gel forme une barrière entre le sérum et les cellules après centrifugation, stabilisant l'échantillon pour la biochimie, les sérologies et les hormones.
  • Héparine (tube vert) : anticoagulant qui inhibe la thrombine et fournit rapidement un plasma, utile pour certains dosages de biochimie urgents et pour l'ammoniémie.
  • Fluorure de sodium (tube gris) : il bloque les enzymes que les cellules utilisent pour consommer le glucose (glycolyse). Sans lui, le glucose du tube continue de baisser après le prélèvement, donnant une glycémie faussement basse ; le tube gris préserve aussi le lactate et l'alcoolémie.

Le code couleur des tubes

Repères courants (la teinte exacte et les correspondances peuvent varier selon le fabricant) :64

Couleur du bouchonAdditifRôleAnalyses typiques
Violet / mauveEDTACapte le calcium, préserve les cellulesNFS / hémogramme, HbA1c, groupe sanguin
BleuCitrate de sodiumBloque le calcium (réversible)Coagulation : TP/INR, TCA, fibrinogène, D-dimères
RougeActivateur de coagulation (sans gel)Favorise la coagulation → sérumBiochimie, sérologies, dosages de médicaments
Jaune / doré (gel séparateur)Activateur + gelSérum, séparé par le gelBilan lipidique, hormones (TSH…), biochimie
VertHéparine (lithium ou sodium)Inhibe la thrombine → plasmaBiochimie sur plasma, urgences, ammoniémie
RoseEDTACapte le calciumBanque du sang : groupage, recherche d'agglutinines
GrisFluorure de sodium + oxalateBloque la glycolyseGlycémie, lactate, alcoolémie
Bleu roiEDTA ou aucun (verre/plastique ultra-propre)Sans contamination métalliqueÉléments-traces : zinc, cuivre, plomb, toxicologie
Jaune (SPS)Polyanéthol sulfonate de sodiumConserve les micro-organismesHémocultures
NoirCitrate (dilué)Bloque le calciumVitesse de sédimentation (VS)

En pratique, les deux tubes que vous verrez le plus souvent en ville sont le violet (NFS) et le jaune/doré (biochimie, cholestérol, thyroïde). Le tube bleu apparaît dès qu'on explore la coagulation, et le tube gris pour la glycémie ou le lactate.

L'ordre de prélèvement, et pourquoi il compte

Quand plusieurs tubes sont prélevés, ils le sont dans un ordre précis, défini par la norme CLSI et les sociétés savantes européennes (EFLM). La raison est simple : lorsque le sang traverse l'aiguille puis le corps de pompe vers chaque tube successif, une trace d'additif du tube précédent peut être entraînée dans le suivant.23 Comme les additifs sont chimiquement incompatibles avec certaines analyses, cette contamination peut fausser un résultat — un phénomène documenté par des études contrôlées, pas seulement théorique.78 L'ordre habituel est :

  1. flacons d'hémoculture (jaune/SPS, stériles) — en premier pour préserver la stérilité ;
  2. tube citrate (bleu) — coagulation ;
  3. tube sec / gel (rouge ou jaune) — sérum ;
  4. tube héparine (vert) ;
  5. tube EDTA (violet) ;
  6. tube fluorure (gris).

La logique va de l'additif qui gêne le moins à celui qui gêne le plus. L'EDTA est le fauteur de troubles classique : il capte le calcium et est riche en potassium, si bien qu'un simple soupçon d'EDTA entraîné dans un tube de biochimie peut abaisser faussement le calcium et augmenter faussement le potassium — produisant parfois une « hyperkaliémie » alarmante mais totalement artificielle, susceptible de déclencher des examens inutiles.79 C'est précisément pour cela que le tube EDTA (violet) est prélevé après les tubes de sérum et d'héparine, jamais avant. D'autres travaux montrent que l'héparine et le citrate peuvent aussi migrer et perturber les analyses en aval, ce qui justifie de suivre la séquence à la lettre.8

Détail lié : lorsqu'on utilise une unité à ailettes (« épicrânienne ») et qu'un tube de coagulation (bleu) est le premier de la série, le préleveur prélève d'abord un petit tube de purge. La tubulure contient un peu d'air, qui laisserait sinon le tube citraté légèrement sous-rempli, faussant le rapport sang/citrate dont l'analyse dépend.34 Vous n'avez rien à suivre de tout cela : c'est un geste de routine, mais c'est la raison invisible pour laquelle vos résultats sont fiables.

Bien remplir et mélanger le tube : un point clé

Au-delà de la couleur et de l'ordre, deux gestes conditionnent la qualité de l'échantillon :4

  • Le niveau de remplissage. Un tube sous-rempli ou sur-rempli modifie le rapport sang/additif. C'est particulièrement vrai pour le tube citrate (coagulation), qui doit être rempli exactement au trait pour respecter le rapport 9:1.
  • Le mélange. Juste après le prélèvement, le tube est retourné doucement plusieurs fois (sans agiter) pour mélanger le sang à l'additif. Sans cela, le sang peut coaguler dans un tube anticoagulé, ou s'hémolyser (globules rouges abîmés libérant leur contenu), rendant l'échantillon inexploitable — l'hémolyse fausse notamment le potassium.

Si un tube est mal rempli, mal mélangé, coagulé ou hémolysé, le laboratoire peut le rejeter et demander un nouveau prélèvement — d'où l'importance de ces détails techniques.

Combien de tubes pour un bilan courant ?

Le nombre de tubes surprend souvent. Il reflète le nombre d'additifs différents exigés par vos analyses, et non une quantité de sang « nécessaire » en général :

  • une NFS seule → un tube violet (EDTA) ;
  • un bilan biochimique (ionogramme, foie, rein), un bilan lipidique, la TSH ou la plupart des hormones → un tube jaune/doré (sérum), souvent partagé entre plusieurs dosages ;
  • une coagulation (TP/INR, TCA) → un tube bleu (citrate) ;
  • une glycémie à jeun ou un lactate → un tube gris.

Ainsi, un bilan annuel classique associant NFS, biochimie et cholestérol ne demande souvent que deux tubes : violet + jaune. Ajoutez une coagulation et vous passez à trois ; ajoutez une glycémie sur tube gris dédié et cela fait quatre. Beaucoup de résultats de biochimie partagent un même tube de sérum, c'est pourquoi une longue liste d'analyses ne signifie pas toujours une longue rangée de tubes. Pour comprendre le geste lui-même, voyez comment se passe une prise de sang.

Quel tube pour quelle analyse ?

Questions fréquentes

Quelle couleur de tube pour une NFS ?
Le tube violet (bouchon mauve), contenant de l'EDTA, est utilisé pour la numération formule sanguine : il empêche la coagulation et préserve les globules et plaquettes intacts pour qu'un automate les compte et les mesure.56
Pourquoi me prélève-t-on plusieurs tubes ?
Parce que vos analyses nécessitent du sang conservé de façons différentes — sang anticoagulé, sérum ou plasma — avec des additifs non interchangeables. Chaque tube couvre une catégorie d'examens.1
Y a-t-il un ordre pour remplir les tubes ?
Oui : hémocultures, puis citrate (bleu), tube sec (rouge/jaune), héparine (vert), EDTA (violet), fluorure (gris). Cet ordre évite la contamination croisée des additifs.23
Un mauvais ordre peut-il vraiment changer mes résultats ?
Oui. Des études montrent qu'une contamination par l'EDTA peut abaisser faussement le calcium et augmenter le potassium, et que l'héparine ou le citrate peuvent perturber d'autres dosages — d'où l'existence de la séquence.798
À quoi sert le tube rouge / jaune (sec) ?
À recueillir le sérum (après coagulation, avec ou sans gel séparateur), utilisé pour la biochimie, les sérologies et de nombreux dosages hormonaux.6
Pourquoi a-t-on dû me reprélever ?
Souvent parce qu'un tube était mal rempli, mal mélangé, coagulé ou hémolysé : l'échantillon n'était pas fiable. C'est fréquent et sans gravité ; le tube citrate (bleu) doit en particulier être rempli exactement au trait.4
Les couleurs sont-elles les mêmes partout ?
Elles suivent une norme internationale (ISO 6710) et, en pratique, le système Vacutainer/CLSI, mais la teinte exacte et certaines correspondances peuvent varier selon le fabricant et le laboratoire. L'additif imprimé sur l'étiquette reste la vraie référence.63

À retenir

Les couleurs des tubes ne sont pas décoratives : chaque bouchon signale un additif adapté et, avec lui, les analyses que le sang peut servir — violet (EDTA) pour la NFS, bleu (citrate) pour la coagulation, jaune/doré (gel séparateur) pour le sérum (biochimie, sérologies, hormones), gris (fluorure) pour la glycémie, vert (héparine) pour le plasma. Le préleveur respecte un ordre de prélèvement précis pour éviter toute contamination croisée,2 et veille au bon remplissage et au mélange des tubes, sous peine de devoir recommencer.4 Vous n'avez rien à gérer : ces détails garantissent simplement la fiabilité de vos résultats.

Sources

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Footnotes

  1. MedlinePlus (U.S. National Library of Medicine, NIH) — What You Need to Know About Blood Testing. medlineplus.gov 2 3 4

  2. Cornes M, van Dongen-Lases E, Grankvist K, et al. (EFLM WG-PRE). Order of blood draw: Opinion Paper by the European Federation for Clinical Chemistry and Laboratory Medicine Working Group for the Preanalytical Phase. Clin Chem Lab Med, 2017. PubMed · DOI 2 3 4

  3. Clinical and Laboratory Standards Institute (CLSI) — Order of Blood Draw: Tubes and Additives (aligné sur GP41/PRE02, Collection of Diagnostic Venous Blood Specimens). clsi.org 2 3 4 5

  4. Simundic AM, Bölenius K, Cadamuro J, et al. Joint EFLM-COLABIOCLI Recommendation for venous blood sampling. Clin Chem Lab Med, 2018. PubMed · DOI 2 3 4 5 6 7 8 9

  5. Organisation mondiale de la santé (OMS / WHO) — WHO guidelines on drawing blood: best practices in phlebotomy. who.int 2 3

  6. BD (Becton Dickinson) — BD Vacutainer Venous Blood Collection Tube Guide (couleur de bouchon, additif, retournements, usage au laboratoire). education.bd.com 2 3 4

  7. Cadamuro J, Felder TK, Oberkofler H, Mrazek C, Wiedemann H, Haschke-Becher E. Relevance of EDTA carryover during blood collection. Clin Chem Lab Med, 2015. PubMed · DOI 2 3

  8. Keppel MH, Auer S, Lippi G, von Meyer A, Cornes M, Cadamuro J, et al. Heparin and citrate additive carryover during blood collection. Clin Chem Lab Med, 2019. PubMed · DOI 2 3

  9. Ercan Ş, Ramadan B, Gerenli O. Order of draw of blood samples affect potassium results without K-EDTA contamination during routine workflow. Biochem Med (Zagreb), 2021. PubMed · DOI

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Avertissement médical. Cette fiche est fournie à titre informatif et éducatif ; elle ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires et les techniques : seul votre médecin peut interpréter vos résultats dans votre contexte.