Hérédité du groupe sanguin : quel groupe pour l'enfant ?
Hérédité du groupe sanguin : comment se transmettent l'ABO et le Rhésus, le tableau père/mère/enfant, peut-on avoir un groupe différent de ses parents, et pourquoi ce n'est pas un test de paternité.
Le groupe sanguin s'hérite de ses parents, selon des règles génétiques simples. Chacun reçoit un allèle de sa mère et un de son père, pour l'ABO comme pour le Rhésus. C'est ce qui explique le célèbre tableau « groupe sanguin du père et de la mère » — et le fait, surprenant, qu'un enfant puisse avoir un groupe différent de ses deux parents. Ce guide explique comment se transmet le groupe sanguin, donne le tableau d'hérédité, et précise pourquoi le groupe sanguin n'est pas un test de paternité fiable. Cette fiche fait partie du dossier groupe sanguin.
En bref
- On hérite d'un allèle de chaque parent pour l'ABO et pour le Rhésus.1234
- Pour l'ABO, il existe 3 allèles : A, B et O. A et B s'expriment tous deux (codominants) ; O est récessif (« masqué »).1
- Conséquence : un enfant peut avoir un groupe différent de ses deux parents (ex. parents A et B → enfant O ou AB).1
- Pour le Rhésus, Rh+ domine sur Rh− : deux parents Rh+ peuvent avoir un enfant Rh− ; deux parents Rh− n'ont que des enfants Rh−.2
- Le groupe sanguin peut parfois exclure une paternité, mais ne la prouve jamais : ce n'est pas un test de paternité.5
- De rares exceptions (groupe Bombay) brouillent l'apparence : un parent « qui semble O » peut transmettre un A ou un B.6
Comment se transmet le groupe ABO
Le système ABO repose sur un gène qui existe en trois versions (allèles) : A, B et O. Vous en recevez un de chaque parent, ce qui donne votre génotype :17
- A + A ou A + O → groupe A ;
- B + B ou B + O → groupe B ;
- A + B → groupe AB (les deux s'expriment : ils sont codominants) ;
- O + O → groupe O (le O est récessif : il faut deux allèles O).
Un point important : une personne de groupe A peut être AA ou AO — sans le savoir, elle peut donc transmettre un O. C'est ce qui rend l'hérédité parfois contre-intuitive. Le groupe sanguin est d'ailleurs l'une des informations notées sur la carte de groupe sanguin, établie après deux prélèvements en France.4
Le tableau d'hérédité (père et mère → enfant)
Voici les groupes possibles de l'enfant selon les groupes ABO des parents (l'ordre des parents n'a pas d'importance) :1
| Parents | Groupes possibles de l'enfant |
|---|---|
| O × O | O |
| O × A | O, A |
| O × B | O, B |
| O × AB | A, B |
| A × A | O, A |
| A × B | O, A, B, AB |
| A × AB | A, B, AB |
| B × B | O, B |
| B × AB | A, B, AB |
| AB × AB | A, B, AB |
Deux enseignements : deux parents O ne peuvent avoir que des enfants O ; et des parents A et B peuvent avoir un enfant de n'importe quel groupe (A, B, AB ou O).
L'hérédité du Rhésus
Le Rhésus suit une logique de dominance : l'allèle Rh+ (D) domine l'allèle Rh− (absence de D).2 Une personne Rh+ peut donc être « porteuse » d'un allèle Rh− sans le savoir. Conséquences :
- deux parents Rh− n'ont que des enfants Rh− ;
- deux parents Rh+ peuvent avoir un enfant Rh− (si chacun porte un allèle Rh− caché) ;
- un parent Rh+ et un parent Rh− peuvent avoir des enfants Rh+ ou Rh−.
C'est pourquoi le Rhésus de l'enfant ne se déduit pas toujours simplement de celui des parents — et pourquoi on le vérifie par un groupage, notamment en grossesse.8
Peut-on avoir un groupe différent de ses parents ?
Oui, c'est normal. Comme le montre le tableau, des parents A et B peuvent avoir un enfant O ou AB ; un parent AB et un parent O ont des enfants A ou B (jamais O ni AB). Avoir un groupe différent de papa et maman n'a donc rien d'anormal : c'est la combinaison des allèles qui compte, pas une simple « moyenne » des parents. Des cas publiés décrivent même des discordances apparentes mère-enfant dues à un allèle ABO rare transmis dans la famille, sans aucune anomalie de filiation.9
Groupe sanguin et paternité : attention
Une idée tenace voudrait qu'on « prouve » une filiation par le groupe sanguin. C'est faux. Le groupe sanguin peut, dans certains cas, exclure une paternité (par exemple, deux parents O ne peuvent avoir un enfant A), mais il ne peut jamais la prouver, car des millions de personnes partagent le même groupe. Aujourd'hui, seule l'analyse ADN établit une filiation.5 De plus, de rares particularités génétiques peuvent créer des apparences trompeuses, comme une discordance de groupe entre une mère et son nouveau-né liée à un allèle rare.9
Le piège des groupes rares (Bombay)
Le groupe Bombay illustre les limites de l'hérédité « apparente ». Une personne Bombay est, sur le plan génétique, de groupe A, B ou AB, mais une autre mutation (du gène FUT1, qui fabrique l'antigène H, support des antigènes A et B) l'empêche d'exprimer ces antigènes : à l'analyse standard, elle paraît O.610 Elle peut pourtant transmettre un allèle A ou B à son enfant. Voilà comment un parent « apparemment O » peut avoir un enfant A — sans aucune anomalie de filiation. Ces situations, très rares, rappellent qu'un généticien est parfois nécessaire pour interpréter une hérédité atypique : des analyses moléculaires familiales (séquençage du gène FUT1) ont par exemple confirmé qu'un phénotype para-Bombay était bien hérité des deux parents.10 On découvre d'ailleurs encore de nouveaux systèmes à transmission récessive.11
Faites interpréter vos analyses par AI DiagMe
Le groupe sanguin de votre famille se comprend mieux dans son ensemble : ABO, Rhésus et contexte. Pour une question de filiation, seul un test ADN fait foi.
👉 AI DiagMe interprète vos analyses — sanguines, urinaires ou de selles — en tenant compte de tout votre contexte, dans un langage clair. Un service informatif qui ne pose pas de diagnostic et complète, sans le remplacer, l'avis de votre médecin.
Questions fréquentes
Comment se transmet le groupe sanguin ?
Deux parents de groupe O peuvent-ils avoir un enfant A ?
Un enfant peut-il avoir un groupe différent de ses parents ?
Deux parents Rhésus positif peuvent-ils avoir un enfant Rhésus négatif ?
Le groupe sanguin prouve-t-il la paternité ?
À retenir
Le groupe sanguin s'hérite : un allèle de chaque parent, pour l'ABO (A, B, O ; A et B codominants, O récessif) et le Rhésus (Rh+ dominant). Le tableau père/mère indique les groupes possibles de l'enfant — qui peut très bien différer de ses deux parents (parents A et B → enfant A, B, AB ou O). Deux parents O n'ont que des enfants O ; deux parents Rh− que des enfants Rh−. Enfin, le groupe sanguin n'est pas un test de paternité, et de rares groupes (Bombay) trompent l'apparence. Pour le reste, voir le dossier groupe sanguin et la fiche Rhésus.
Sources
Sources officielles et publications scientifiques (PubMed) utilisées pour ce guide :
Footnotes
-
Storry JR, Olsson ML. The ABO blood group system revisited: a review and update. Immunohematology, 2009. PubMed ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
Ramsey G. The Rh blood group system: RHD update. Immunohematology, 2025. PubMed · DOI ↩ ↩2 ↩3
-
Établissement français du sang (EFS) — Les groupes sanguins, leur transmission et les fréquences en France. efs.sante.fr ↩
-
Assurance Maladie (Ameli) — Groupe sanguin, Rhésus et carte de groupe sanguin. ameli.fr ↩ ↩2
-
Westhoff CM. Blood group genotyping. Blood, 2019. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Dipta TF, Hossain AZ. The Bombay blood group: are we out of risk? Mymensingh Med J, 2011. PubMed ↩ ↩2
-
Institut National de la Transfusion Sanguine (INTS) — Systèmes ABO et Rhésus : génétique et expression des antigènes. ints.fr ↩
-
Haute Autorité de Santé (HAS) — Groupage sanguin et phénotypage : règles de réalisation. has-sante.fr ↩
-
Marraccini C, Iotti B, Vanzanelli P, et al. Mother-newborn ABO group discrepancy caused by a rare BW.17 variant. Transfus Apher Sci, 2022. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Sun X, Cai Y, Ni H, et al. Analysis of the molecular mechanism and pedigree investigation of para-Bombay phenotype caused by combined mutations of the FUT1 gene. Blood Transfus, 2021. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Tilley LA, Karamatic Crew V, Mankelow TJ, et al. Deletions in the MAL gene define the rare inherited AnWj-negative blood group phenotype. Blood, 2024. PubMed · DOI ↩