Hérédité du groupe sanguin : quel groupe pour l'enfant ?
Hérédité du groupe sanguin : comment se transmettent l'ABO et le Rhésus, le tableau père/mère/enfant, peut-on avoir un groupe différent de ses parents, et pourquoi ce n'est pas un test de paternité.
Le groupe sanguin s'hérite de ses parents, selon des règles génétiques simples et prévisibles. Chacun reçoit un allèle de sa mère et un de son père, pour l'ABO comme, séparément, pour le Rhésus. C'est ce qui explique le célèbre tableau « groupe sanguin du père et de la mère » — et le fait, surprenant, qu'un enfant puisse avoir un groupe différent de ses deux parents. Ce guide explique comment se transmet le groupe sanguin, donne le tableau d'hérédité avec des exemples concrets, répond à la question « peut-on avoir un groupe différent de ses parents ? », et précise pourquoi le groupe sanguin n'est pas un test de paternité fiable. Cette fiche fait partie du dossier groupe sanguin.
En bref
- On hérite d'un allèle de chaque parent pour l'ABO et, indépendamment, pour le Rhésus.1234
- Pour l'ABO, il existe 3 allèles : A, B et O. A et B s'expriment tous deux (codominants) ; O est récessif (« masqué »).15
- Conséquence : un enfant peut avoir un groupe différent de ses deux parents (ex. parents A et B → enfant O ou AB).1
- Pour le Rhésus, Rh+ (D) domine sur Rh− : deux parents Rh+ peuvent avoir un enfant Rh− ; deux parents Rh− n'ont que des enfants Rh−.2
- Le groupe sanguin peut parfois exclure une paternité, mais ne la prouve jamais : ce n'est pas un test de paternité. Seul l'ADN fait foi.6
- De rares exceptions héréditaires — le groupe Bombay et le variant cis-AB — brouillent l'apparence sans aucune anomalie de filiation.78
Comment se transmet le groupe ABO
Le système ABO est gouverné par un seul gène (le gène ABO, porté par le chromosome 9) qui existe en trois versions courantes, ou allèles : A, B et O. Vous en portez deux copies — une reçue de chaque parent — et cette paire constitue votre génotype. Ce qui apparaît sur votre analyse de laboratoire, c'est votre phénotype : le groupe que ces deux allèles produisent ensemble.519
Les règles de dominance décident du résultat :15
- A + A ou A + O → groupe A ;
- B + B ou B + O → groupe B ;
- A + B → groupe AB (les deux s'expriment : ils sont codominants) ;
- O + O → groupe O (le O est récessif : il faut deux allèles O).
Concrètement, les allèles A et B codent des enzymes qui ajoutent un sucre précis sur l'antigène H déjà présent à la surface des globules rouges : un sucre « A » ou un sucre « B ». L'allèle O, lui, ne fabrique aucune enzyme fonctionnelle : le globule rouge O garde son antigène H non modifié et n'affiche ni A ni B.51 Voilà pourquoi une personne AB porte les deux sucres, et une personne O aucun des deux.
Le point délicat, c'est le O caché. Une personne de groupe A peut être génétiquement AA ou AO, et une personne de groupe B peut être BB ou BO — un groupage standard ne les distingue pas, car il ne lit que le phénotype.4 Un parent AO peut donc transmettre « en silence » un allèle O à son enfant. Cet état de porteur invisible est exactement ce qui rend l'hérédité ABO si souvent contre-intuitive. Le groupe sanguin est d'ailleurs l'une des informations notées sur la carte de groupe sanguin, établie après deux prélèvements en France.4
L'hérédité du Rhésus
Le Rhésus — plus précisément l'antigène D — se transmet par un gène distinct et suit une logique dominante / récessive classique. Être Rh+ signifie posséder au moins un allèle D fonctionnel ; être Rh− signifie avoir hérité de deux copies non fonctionnelles (chez la plupart des personnes d'origine européenne, un gène RHD délété).2 Comme D est dominant, une personne Rh+ peut être « porteuse » d'un allèle Rh− sans le savoir. Cela donne trois règles nettes :
- deux parents Rh− n'ont que des enfants Rh− ;
- deux parents Rh+ ont le plus souvent des enfants Rh+, mais peuvent avoir un enfant Rh− si chacun porte un allèle Rh− caché ;
- un parent Rh+ et un parent Rh− peuvent avoir des enfants Rh+ ou Rh−.
Le Rhésus de l'enfant ne se déduit donc pas toujours simplement de celui des parents — c'est pourquoi on le vérifie par un groupage plutôt que de le supposer, en particulier pendant la grossesse, où une mère Rh− portant un bébé Rh+ nécessite un suivi et une prévention spécifiques.10 Le système Rhésus est en réalité bien plus complexe que cette image simplifiée « D positif / D négatif » — il compte des dizaines d'allèles variants — mais pour l'hérédité de tous les jours, le modèle dominant/récessif suffit.2
Votre groupe ABO et votre Rhésus s'héritent indépendamment, puis se combinent dans l'étiquette que vous connaissez : une personne A et Rh+ est « A positif », une personne O et Rh− est « O négatif », et ainsi de suite. Ces deux systèmes, avec la compatibilité transfusionnelle qui en découle, forment le socle du groupage.
Le tableau d'hérédité (père et mère → enfant)
Comme l'ABO et le Rhésus se transmettent indépendamment, le plus simple est de les lire en deux tableaux. D'abord les groupes ABO possibles de l'enfant selon les parents (l'ordre des parents n'a pas d'importance) :15
| Parents (ABO) | Groupes possibles de l'enfant |
|---|---|
| O × O | O |
| O × A | O, A |
| O × B | O, B |
| O × AB | A, B |
| A × A | O, A |
| A × B | O, A, B, AB |
| A × AB | A, B, AB |
| B × B | O, B |
| B × AB | A, B, AB |
| AB × AB | A, B, AB |
Deux enseignements sautent aux yeux. Deux parents O ne peuvent avoir que des enfants O — c'est la règle la plus fiable de tout le tableau. Et des parents A et B peuvent avoir un enfant de n'importe quel groupe (A, B, AB ou O) : c'est la ligne qui surprend le plus.
La couche Rhésus est plus simple :2
| Parents (Rhésus) | Rhésus possible de l'enfant |
|---|---|
| Rh− × Rh− | Rh− uniquement |
| Rh+ × Rh− | Rh+ ou Rh− |
| Rh+ × Rh+ | Rh+ ou Rh− |
Pour obtenir le groupe complet, on combine les deux : un parent A positif et un parent B négatif pourraient, en principe, avoir un enfant A, B, AB ou O, et Rh+ ou Rh− — un large éventail à partir de deux personnes seulement.
Trois exemples concrets
Deux parents O. Chaque parent est génétiquement OO et n'a que des allèles O à transmettre. Tous les enfants sont OO → groupe O. Aucune combinaison ne donne A, B ou AB. C'est pour cela que « deux parents O, enfant non-O » est le cas d'école signalé — sauf les rares exceptions vues plus bas.
Parents A × B — le cas « tous les groupes ». Supposons le parent A AO et le parent B BO. Les génotypes possibles de l'enfant sont AB (groupe AB), AO (groupe A), BO (groupe B) et OO (groupe O). Un parent A et un parent B peuvent donc produire un enfant de chaque groupe ABO — y compris un enfant O qui ne ressemble à aucun des deux parents. Rien d'anormal : c'est de la simple génétique.1
Parents AB × O. Le parent AB transmet soit A, soit B ; le parent O transmet O. Les enfants sont donc AO → groupe A ou BO → groupe B. Notez ce qui est impossible ici : un parent AB et un parent O ne peuvent jamais avoir un enfant AB ni un enfant O. C'est l'une des exclusions nettes que le groupage sait faire.
Peut-on avoir un groupe différent de ses parents ?
Oui, c'est normal. Comme le montre le tableau, des parents A et B peuvent avoir un enfant O ou AB ; un parent AB et un parent O ont des enfants A ou B (jamais O ni AB) ; deux parents Rh+ peuvent avoir un enfant Rh−. Avoir un groupe différent de papa et maman n'a donc rien d'anormal : c'est la combinaison des allèles hérités qui compte, pas une simple « moyenne » des parents. La plupart des résultats qui semblent « impossibles » ne sont que le fait d'un allèle récessif caché faisant exactement ce que fait un allèle récessif. Des cas publiés décrivent même des discordances apparentes mère-enfant dues à un allèle ABO rare transmis dans la famille, sans aucune anomalie de filiation.11
Groupe sanguin et paternité : attention
Une idée tenace voudrait qu'on « prouve » une filiation par le groupe sanguin. C'est faux. Le groupe sanguin peut, dans certains cas, exclure une paternité (par exemple, deux parents réellement O ne peuvent avoir un enfant A), mais il ne peut jamais la prouver, car des millions de personnes partagent le même groupe. Les incompatibilités apparentes s'expliquent le plus souvent par un allèle récessif caché, un phénotype Bombay ou un variant cis-AB, plutôt que par quoi que ce soit concernant la famille. Aujourd'hui, seule l'analyse ADN établit une filiation ; le groupe sanguin est une curiosité de dépistage, jamais un verdict.6 Si le groupage d'une famille paraît impossible, la bonne étape suivante est un spécialiste de médecine transfusionnelle ou un généticien, pas une accusation.
Le piège des groupes rares (Bombay, cis-AB)
Deux phénomènes véritablement rares peuvent faire « déraper » le tableau standard — et tous deux sont hérités, pas des erreurs.
Le groupe Bombay. Une personne Bombay est, sur le plan génétique, de groupe A, B ou AB, mais une mutation du gène FUT1 — qui fabrique normalement l'antigène H, support des antigènes A et B — l'empêche d'exprimer ces antigènes : à l'analyse standard, elle paraît O.712 Elle peut pourtant transmettre un allèle A ou B à son enfant. Voilà comment un parent « apparemment O » peut avoir un enfant A — sans aucune anomalie de filiation, l'allèle ABO était là depuis le début, simplement non exprimé. Des analyses moléculaires familiales (séquençage du gène FUT1) ont confirmé que ces phénotypes para-Bombay sont bien hérités des deux parents.12 Le Bombay est très rare, un peu plus fréquent dans certaines régions d'Asie du Sud, et compte cliniquement : ces personnes ne peuvent recevoir du sang que d'autres donneurs Bombay.7
Le cis-AB. Normalement, les allèles A et B se trouvent sur des chromosomes opposés (un de chaque parent). Dans le rare variant cis-AB, un même allèle porte les instructions de A et de B sur le même chromosome : il se transmet comme une seule unité. Un parent AB peut ainsi transmettre son « AB » par un seul allèle — produisant des schémas familiaux qui paraissent impossibles avec le modèle standard, comme un parent O et un parent AB ayant un enfant AB.8 Comme le Bombay, le cis-AB est un variant héréditaire normal qu'un bon laboratoire sait reconnaître : ce n'est ni une erreur, ni un indice sur la filiation. Ces situations rappellent qu'un généticien est parfois nécessaire pour interpréter une hérédité atypique. On découvre d'ailleurs encore de nouveaux systèmes à transmission récessive.13
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Questions fréquentes
Comment se transmet le groupe sanguin ?
Un enfant peut-il avoir un groupe différent de ses parents ?
Deux parents de groupe O peuvent-ils avoir un enfant A ou B ?
Deux parents Rhésus positif peuvent-ils avoir un enfant Rhésus négatif ?
Le groupe sanguin prouve-t-il la paternité ?
À retenir
Le groupe sanguin s'hérite : un allèle de chaque parent, pour l'ABO (A, B, O ; A et B codominants, O récessif) et, indépendamment, pour le Rhésus (Rh+ dominant). Le tableau père/mère indique les groupes possibles de l'enfant — qui peut très bien différer de ses deux parents (parents A et B → enfant A, B, AB ou O). Les règles les plus fiables : deux parents O n'ont que des enfants O, et deux parents Rh− que des enfants Rh−. Enfin, de rares variants héréditaires — le groupe Bombay et le cis-AB — peuvent faire « dérailler » le tableau sans la moindre anomalie, ce qui est aussi pourquoi le groupe sanguin n'est jamais un test de paternité. Pour aller plus loin, voir le dossier groupe sanguin, la fiche Rhésus et la compatibilité des groupes.
Sources
Sources officielles et publications scientifiques (PubMed) utilisées pour ce guide :
Footnotes
-
Storry JR, Olsson ML. The ABO blood group system revisited: a review and update. Immunohematology, 2009. PubMed ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8
-
Ramsey G. The Rh blood group system: RHD update. Immunohematology, 2025. PubMed · DOI ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
Établissement français du sang (EFS) — Les groupes sanguins, leur transmission et les fréquences en France. efs.sante.fr ↩
-
Assurance Maladie (Ameli) — Groupe sanguin, Rhésus et carte de groupe sanguin. ameli.fr ↩ ↩2 ↩3
-
Romanos-Sirakis EC, Desai D. ABO Blood Group System. StatPearls, NCBI Bookshelf, 2026. PubMed · bookshelf ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
Westhoff CM. Blood group genotyping. Blood, 2019. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Dipta TF, Hossain AZ. The Bombay blood group: are we out of risk? Mymensingh Med J, 2011. PubMed ↩ ↩2 ↩3
-
Chun S, Choi S, Yu H, Cho D. Cis-AB, the Blood Group of Many Faces, Is a Conundrum to the Novice Eye. Ann Lab Med, 2019. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Institut National de la Transfusion Sanguine (INTS) — Systèmes ABO et Rhésus : génétique et expression des antigènes. ints.fr ↩
-
Haute Autorité de Santé (HAS) — Groupage sanguin et phénotypage : règles de réalisation. has-sante.fr ↩
-
Marraccini C, Iotti B, Vanzanelli P, et al. Mother-newborn ABO group discrepancy caused by a rare BW.17 variant. Transfus Apher Sci, 2022. PubMed · DOI ↩
-
Sun X, Cai Y, Ni H, et al. Analysis of the molecular mechanism and pedigree investigation of para-Bombay phenotype caused by combined mutations of the FUT1 gene. Blood Transfus, 2021. PubMed · DOI ↩ ↩2
-
Tilley LA, Karamatic Crew V, Mankelow TJ, et al. Deletions in the MAL gene define the rare inherited AnWj-negative blood group phenotype. Blood, 2024. PubMed · DOI ↩